Mercredi 7 octobre 2009
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On devrait toujours avoir un appareil photo sur soi.Du moins,c'est ce qu'on se dit parfois,quand on a le sentiment de passer devant une scène qu'on aurait aimé pouvoir
capturer...
Une femme .Elle est seule,assise à une table de bar.Elle porte un parka beige,un jean et des bottines de cuir noir.Ses cheveux qui commencent à grisonner sont tirés en
arrière offrant ainsi à sa cinquantaine déjà très marquée,un visage émacié,amaigri et terni.
Posé sur la table devant elle,un verre à bière vide,et une carafe d'eau déjà entammée elle aussi.Sur la carafe en verre où perlent encore des goutellettes de fraîcheur on peut
lire les mêmes lettres bleues qu'on lit sur le verre qu'elle serre entre ses mains et qui sert de calice à un liquide jaunâtre:RICARD.
Il est 17h15,quand elle s'adresse à une compagne de table, lui demandant si elle aurait une cigarette...Pourtant des deux chaises qui encerclent sa table, aucune n'est occupée...Qu'importe!
Elle continue son soliloque, certaine de s'adresser à quelqu'un...
Personne ne lui répondra,ni les autres clients du bar qui font mine de ne pas l'entendre,ni la serveuse qui se contentera juste d'honorer ses commandes,ni moi d'ailleurs... il n'est que 17h15.
Elle boit...
Quelques mètres plus loin,deux petits garçons jouent à quatre pattes sur le carrelage souillé par les pas humides des clients de la galerie marchande.
Deux petits bruns en plein duel.Tandis que l'un d'eux superpose les pièces carrées, vertes et noires,de ce qui est probablement le jeu favori des cours de récréation des 6/8ans,l'autre essaie de
faire chuter la tour encore fragile en lançant une pièce plus grosse et plus lourde dans sa direction.
Leurs gestes sont si rapides que les genoux de leur pantalon glissent sur le carrelage comme un lame de patin sur la glace...Comme les amoureux,ils sont seuls au monde.
Ils jouent...
Devant eux,sur un banc,un homme s'est endormi.La casquette coiffant sa chevelure blanche retombe légèrement sur ses sourcils.Un blouson de toile bleue,pareil à celui que
portait le livreur de fuel quand j'étais petite,le protège de la pluie qui tombe dehors.
Dans ses mains croisées sur ses genoux,l'extrémité d'une canne blanche.
Assis sur le banc il attend le retour de celle qui a certainement dû l'entraîner ici "de force" en somnolant,et ses yeux clos rendent difficile l'estimation de son âge...Il a l'air totalement coupé
de l'agitation des caddies et des passants qui le frôlent...Il n'a pas l'air d'entendre les cris des petits capricieux qui pleurent dans les rayons...
Il dort...
C'est la vie et elle peut être terrible dans son quotidien